Mamie fait de la résistance…
Mathilde a rencontré Henri dans la résistance, pendant la 2nde guerre mondiale, où elle a fait preuve d’un grand sang-froid et démontré qu’elle savait être impitoyable. Bien que Mathilde ait toujours eu un faible pour Henri, il ne s’est jamais rien passé entre eux à part une relation de « travail » puisque celui-ci fait appel à elle pour éliminer de manière définitive certains problèmes, en toute discrétion. Et tout se passait très bien jusqu’à un certain soir de septembre 1985…
Avant de vous parler de cet album, je voudrais attirer votre attention sur le fait que les chroniques que je réalise sur ce site suivent rarement l’actualité. D’une part parce que j’achète un certain nombre de BD au moment de leur sortie, sans avoir le temps de les lire (car je lis en priorité celles que j’emprunte à la médiathèque et si elles m’ont vraiment plu je les achète à plus ou moins long terme). Actuellement je dois avoir plus d’une centaine d’œuvres dans ma pile à lire (et je continue à en acheter régulièrement), donc il me reste encore pas mal d’albums à potentiellement chroniquer. D’autre part parce que je lis des BD en fonction de mon humeur du moment, pas forcément en fonction de leur date de sortie. De plus, je préfère me concentrer sur les albums que j’ai aimé pour vous donner à vous, lecteurs de ce blog, l’envie de les lire voire de les acheter. Pour rattraper un peu mon retard dans mes lectures, j’ai décidé de faire une pause pendant quelque temps dans mes emprunts à la médiathèque. Il se peut donc que dans les prochaines semaines, vous voyez apparaître de nouvelles chroniques. Mais revenons à nos moutons…
En fait, le Serpent Majuscule, c’est l’adaptation BD du roman éponyme de Pierre Lemaitre. C’est une œuvre sombre, un peu amorale et à l’humour noir que l’on pourrait résumer à : c’est une histoire qui se passe dans les années 80, où armé de son ciré jaune (parce que « c’est agréable comme métier mais qu’est-ce que c’est salissant ») et de son Desert Eagle, un septuagénaire flingue à tout va ! voilà, le ton est donné.
Les cadavres pleuvent et s’accumulent au fil de l’eau pour notre plus grand plaisir, dans un récit mené tambour battant par un grand nom du roman policier. Ce n’est pas la première fois qu’un de ses romans est adapté de manière illustrée. On l’a vu notamment avec les 3 tomes du thriller social Cadres noirs de Pascal Bertho et Giuseppe Liotti ou la trilogie « Les enfants du désastre » (Au revoir là-haut, Couleurs de l’incendie, Miroir de nos peines) de Christian de Metter ou encore « Les années glorieuses », dont le 1er tome est réalisé par le même Christian de Metter ou enfin avec les 4 tomes de la Brigade Verhoeven de Pascal Bertho et Yannick Corboz. Ces Bandes Dessinées ont toutes été publiées chez Rue de Sèvres, comme c’est encore le cas avec celle-ci. Néanmoins, c’est la première fois que l’auteur à succès est véritablement « aux manettes ». Qui de mieux que Pierre Lemaitre lui-même pour réaliser l’adaptation de l’un de ses romans. D’ailleurs, c’est assez marrant d’imaginer que ce polar a été son premier roman (écrit en 1985 bien qu’il n’ait été publié que bien plus tard). De même, il a annoncé à sa sortie en 2021 qu’il s’agirait de son dernier roman noir. C’est donc tout naturellement qu’il s’est attelé à le transformer en BD pour une publication en mars 2025. « La boucle est bouclée ».
Ce personnage atypique de mamie tueuse qui « sucre un peu les fraises » par intermittence est vraiment drôle, si l’on apprécie l’humour décalé. C’est assez original d’avoir décidé de montrer que même les tueurs implacables n’échappent pas à la règle : ils vieillissent et peuvent faire n’importe quoi à cause des affres de l’âge. Pierre Lemaître nous rend cette assassine sympathique malgré son côté froid et cruel. Il arrive à créer un sentiment de compassion envers cette meurtrière vieillissante, isolée et avec des capacités déclinantes. Cela offre une réflexion originale sur le temps qui passe, la solitude et la violence. On ne s’ennuie pas beaucoup à la lecture de ce thriller, qui oscille entre meurtres en cascade et traque de la tueuse par la maréchaussée ou par ses propres commanditaires (qui commencent à penser qu’elle représente un danger pour eux). L’intrigue efficace tient en haleine, tout s’enchaîne vraiment bien. Chaque séquence fait progresser l’intrigue.
Le scénariste nous présente également la plupart de ses personnages comme des humains avec leurs « failles » ce qui les rend crédibles et attachants. Néanmoins, le destin tragique de certains d’entre eux ajoute une tension dramatique au récit. On peut dire que l’auteur n’épargne pas vraiment la police que ce soit avec les tueries ou la perspicacité de la hiérarchie. En ce qui concerne les dialogues, ils sont souvent ironiques et certaines situations deviennent presque burlesques comme pour contrebalancer avec l’extrême violence de certaines scènes. Par contre amoureux des animaux, notamment des chiens, veuillez passer votre chemin, sinon vous risquez d’être choqué.
Le trait expressif, un brin caricatural ainsi que les couleurs pastel de Dominique Monféry dédramatisent le récit. Cela donne une impression de douceur et de tranquillité tout en contraste avec un scénario plutôt violent. Cette opposition crée un effet de surprise et participe à l’humour qui caractérise le récit. La palette colorimétrique rappelle les années 80 et correspond à la chronologie de l’histoire. En effet, certaines parties sont des flashbacks de la deuxième guerre mondiale. Ils sont donc de couleur sépia pour montrer que Mathilde se remémore des souvenirs ou pour donner du contexte à l’histoire. Le dessinateur a d’abord fait ses armes dans l’animation, notamment pour les studios Disney où il a eu l’expérience du cadrage et du découpage rapide de la narration. Cela rend vivant et quasi-cinématographique la construction de certaines planches.
Certains passages plus calmes privilégient des planches aérées permettant au lecteur de s’attarder sur les expressions des personnages ou sur l’atmosphère des lieux. Autre héritage de son ancien métier dans l’animation, la réalisation des décors. Ils sont précis sans être surchargés, ce qui facilite la lecture et met en valeur les actions principales. En fait, Dominique Monféry est un auteur complet car, en plus d’être dessinateur et coloriste, il est aussi scénariste sur la plupart de ses autres albums. J’avoue que c’est la première BD que je lis de lui mais cela m’a donné l’envie d’en lire d’autres et qui sait, de peut-être d’en parler dans un futur proche.
Pour terminer cette chronique, je dirais que d’une certaine façon, l’histoire finit bien… enfin cela dépend pour qui… mais pour le découvrir, il vous faudra lire ce one-shot qui vaut le détour !
LE SERPENT MAJUSCULE
Pierre Lemaitre & Dominique Monféry
128 pages – Couleurs
Date de parution : 12/03/2025
Editeur : Rue de Sèvres





